Thursday, October 12, 2006

Paroles de la Commission Sexta - suite

Et la rebellion qui, aujourd’hui comme avant, fait trembler le continent, est aussi la nôtre. Nôtre, la même aspiration à la liberté, nôtre le même désir de justice, nôtre la même revendication de démocratie, nôtre la même volonté de lutter et de conquérir notre seconde indépendance en tant que Nations.

Certains ont critiqué le fait que nous ayons envoyé, conformément à la Sixième Déclaration, du maïs zapatiste au peuple noble et digne de Cuba.
Il est toujours difficile d’exprimer un sentiment. Et lorsque ce sentiment est la sympathie et la solidarité avec qui lutte, on court le risque de la caricature, de la sensiblerie, du lieu commun…
Cuba n’était pas, pour les communautés qui plus tard furent zapatistes, un pays étranger. C’était, c’est, un peuple qui exprimait et exprime la dignité comme seuls l’expriment ceux d’en-bas, avec courage et fermeté, murmurant entre les dents le « ici nul ne se rend » qui affronta et survécut à l’invasion espagnole et aux invasions qui se sont succédées sur les terres indiennes du Mexique sous des bannières diverses…

Il y a quelques mois, lorsque nos troupes insurgées cultivaient les champs pour le maïs destiné au peuple frère et compañero, se concrètisa sous le regard sombre de nos communautés le travail et le but votés et approuvés dans la Sixième Déclaration…

La solidarité entre frères de lutte est toujours une fête. Et ce fut une fête de récolter, d’emballer et d’envoyer au peuple cubain le maïs zapatiste.

En choisissant Cuba, nous n’avons pas choisi seulement de reconnaître et de saluer une histoire et un combat.
Nous avons aussi choisi une position : l’ennemi du peuple cubain est le même ennemi que celui des peuples indiens zapatistes, du Mexique, de l’Amérique.
Et nous avons choisi cette position alors que la mode était, est encore, d’attaquer la révolution cubaine. Alors que l’on cherche désespérément où tourner les yeux pour éviter tout engagement et conséquence. Et alors que l’on regarde ailleurs, ce qui permet et affirme la facilité de parler sans agir.

Pour nous, choisir Cuba c’est choisir de signaler une douleur et un espoir.
La douleur infligée par un blocus illégal et illégitime, par les tentatives de sabotage et de crimes, par l’affront d’un drapeau étranger sur une part du territoire cubain, par une campagne médiatique permanente de semi-vérités et de mensonges complets. La douleur infligée par le Pouvoir des bandes et étoiles louches qui, au nord géographique et social, pense et agit comme si le monde entier lui appartenait.

Et l’espoir que donne un exemple vieux déjà d’un demi-siècle. L’exemple qui montre qu’il est possible et nécessaire que les peuples prennent en mains leur destin et décident de leur chemin, de leur but, de leur manière.

Mais pour la grande et large douleur de l’Amérique, Cuba est un soulagement, non un remède.
Nous devrons nous guérir nous-mêmes, soigner nos blessures, nous élever en tant que Nation et comme Nation conquérir notre seconde indépendance, notre liberté, notre démocratie, notre justice.
Dans le maïs que nous envoyons au peuple cubain, il y a aussi notre message : le « je suis cela » et le « je suis ici » des peuples indiens zapatistes.
Nous sommes indiens, nous sommes zapatistes, nous sommes mexicains, nous sommes latino-américains. Et en tant que tels, nous voyons votre douleur et qui sont les responsables. Et l’un d’eux, le plus grand et puissant de l’histoire niche dans les métropoles au nord du Rio Bravo. Si l’ignorer est une erreur, le taire est une lâcheté.

Nous, l’EZLN, ne pouvons pas nous pencher sur le monde et faire comme si Cuba n’existait pas, comme s’il n’y avait pas de blocus, comme s’il n’y avait pas de base américaine à Guantànamo, comme s’il n’y avait pas de calomnie et de mensonge sous le faible déguisement de préoccupations pseudo- démocratiques ; comme si on n’avait pas l’intention d’humilier un pays ; comme si un peuple tout entier ne résistait pas ; comme si ce n’était pas une bannière de dignité, comme si nous ne pouvions pas apprendre de ses succès et de ses erreurs ; comme s’il n’y avait pas eu et qu’il n’y avait pas là un exemple ; comme s’il n’y avait pas notre sentiment, inexprimable en espagnol, que nos peuples zapatistes sont unis à cette Nation qui défit l’empire le plus puissant de l’histoire de l’humanité.

Certes. Peut-être seront à la mode les soit-disant gouvernements de gauche en Amérique Latine, les colloques d’intellectuels préoccupés par la démocratie à bandes et étoiles, les distanciations des passagers fugaces de tous les mouvements de libération.

Mais les modes nous ennuient, nous les Zapatistes.
Et nous disons maintenant qu’il est dommage que nous ne puissions envoyer que du maïs et de l’essence, et non quelque chose qui représente mieux tout le respect et l’admiration que nous avons pour le peuple cubain.

Liberté et justice pour les prisonniers d’Atenco !
De l’Autre Nayarit, Mexique.
Au nom des hommes, femmes, enfants et vieillards, indiens mexicains dans leur majorité, de l’EZLN.

Sous-Commandant Insurgé Marcos
8 octobre 2006

en espagnol
http://enlacezapatista.ezln.org.mx/la-otra-campana/477/

1 Comments:

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